Premier Rapport de transparence : l’Association e-Enfance / 3018 alerte sur les défaillances des plateformes à protéger les mineurs

Désigné premier “signaleur de confiance” en France par l’Arcom en novembre 2024, l’Association e-Enfance/3018 est aujourd’hui le signaleur qui transmet le plus grand volume de signalements aux réseaux sociaux en Europe. Elle constitue le point d’entrée principal des contenus préjudiciables aux mineurs signalés aux plateformes. À travers ce premier rapport publié dans le cadre du Règlement sur les services numériques (DSA), l’Association e-Enfance/3018 alerte sur l’intensification des violences numériques visant les mineurs et dénonce une réponse insuffisante des plateformes.

Des enfants de plus en plus jeunes, des violences de plus en plus graves.

124 500 sollicitations en 2025. Une victime sur quatre a moins de 11 ans. Près d’un signalement sur quatre porte sur des faits à caractère sexuel impliquant des mineurs (pédocriminalité, extorsion sexuelle, grooming) :

● dont plus d’⅓ des situations relèvent de la sextorsion ;

● et 1 cas sur 10 concerne la diffusion non consentie de contenus à caractère sexuel

Ces violences ont des conséquences directes sur la santé mentale.

Le 3018 traite une crise suicidaire tous les trois jours, un chiffre en hausse de 3 000 % en dix ans.

TikTok en tête des signalements, au cœur de trajectoires de prédation vers des espaces privés moins régulés.

TikTok concentre à lui seul un volume de signalements plus de trois fois supérieur à Instagram et plus de quatre fois supérieur à Snapchat, avec plus de 1000 signalements.

Les situations traitées révèlent un schéma récurrent : prise de contact sur les plateformes publiques, puis bascule vers des messageries privées moins régulées où se poursuivent grooming, sextorsion et faits de pédocriminalité. Plus de la moitié des cas de prédation sexuelle suivent ce parcours.

Une modération défaillante : des contenus maintenus en ligne et des décisions opaques.

Sur certaines grandes plateformes (VLOPs), les taux de retrait restent particulièrement faibles :

● Sur Snapchat, YouTube et Facebook, plus d’un contenu signalé sur deux reste en ligne

● Sur X, près de 3 contenus sur 4 ne sont pas retirés

Dans la quasi-totalité des cas, les refus de retrait ne sont accompagnés d’aucune explication.

Pour des contenus impliquant des mineurs : harcèlement, diffusion d’images intimes, menaces, ces réponses contribuent à prolonger les violences subies par les mineurs en ligne.

L’IA, nouvel amplificateur des violences numériques.

Parmi les situations de sextorsion plus d’¼ des cas incluent désormais un usage de l’intelligence artificielle.

Deepfakes, outils de « déshabillage », agents conversationnels détournés à des fins de manipulation : les nouvelles technologies sont devenues de véritables amplificateurs des violences numériques faites aux mineurs.

Des violences qui dépassent le cadre du numérique.

Chaque jour, environ deux situations nécessitent une transmission aux autorités judiciaires et services spécialisés dans la protection de l’enfance, illustrant l’importance du continuum de protection en ligne / hors ligne.

Véronique Béchu, Directrice de l’Observatoire de l’Association e-Enfance / 3018 : “Les plateformes ne peuvent plus ignorer leurs responsabilités. Pendant qu’elles tardent à retirer des contenus illicites, le mésusage de l’intelligence artificielle démultiplie les violences faites aux mineurs. Et ce sont les enfants qui paient le prix de leur inaction.”

Un modèle opérationnel reconnu à l’échelle européenne.

En 2025, les sollicitations via l’application 3018 représentent un tiers des contacts reçus, soit un niveau cinq fois supérieur à celui de 2024.

Explicitement identifiée par la Commission européenne comme une référence dans le cadre de son plan d’action contre le cyberharcèlement, le déploiement d’une application similaire est prévue dans l’ensemble des États membres à partir de septembre.

Renate Nikolay, Directrice générale adjointe de la DG CNECT, Commission européenne : “ L’espace numérique est à la fois un lieu d’apprentissage et d’expression pour les enfants, et un espace d’exposition à des risques réels. La Commission européenne en fait une priorité : bâtir un environnement numérique sûr où les enfants peuvent grandir sans crainte. e-Enfance, désignée signaleur de confiance en 2024, y contribue activement. Ses signalements fiables et complets viennent renforcer les pratiques de modération des plateformes dans la lutte contre les contenus illégaux en ligne. Avec le DSA, la Commission européenne met en œuvre un cadre législatif solide et protecteur, elle cherche aussi à renforcer la capacité des organisations de la société civile notamment via le financement des centres pour un internet plus sûr.”

Ensemble, luttons contre le harcèlement et les violences numériques !