La France pourrait devenir le premier pays de l’Union européenne à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. La proposition de loi portée par la députée Laure Miller, soutenue par le Gouvernement et adoptée à l’Assemblée nationale, marque une prise de conscience politique forte.
Mais ne nous trompons pas de combat.
La protection des mineurs en ligne ne peut pas reposer sur une mesure symbolique, si celle-ci ne s’attaque pas aux causes profondes du problème. Interdire, sans se pencher sur les risques inhérents aux plateformes, revient à déplacer les risques plutôt qu’à les réduire.
L’interdiction doit s’accompagner d’une vérification d’âge.
La portée réelle de cette mesure dépendra entièrement d’un point central : l’imposition aux plateformes d’une vérification d’âge effective, intégrée, juridiquement encadrée et respectueuse des données personnelles.
Sans cela, l’interdiction restera théorique, facilement contournable et inapplicable.
Mais même cette vérification ne suffira pas, si les logiques de conception des plateformes restent inchangées.
Le vrai problème : la fabrique du risque chez les plateformes.
Les dangers auxquels sont exposés les mineurs ne tiennent pas à leur âge, mais au fonctionnement même des plateformes :
algorithmes de recommandation,
défilement infini,
notifications intrusives,
messageries ouvertes,
mise en avant de contenus viraux.
Ces mécanismes sont pensés pour capter l’attention, maximiser le temps passé et exposer toujours davantage, y compris à des contenus violents, haineux ou sexualisés et à des interactions non désirées.
À 15 ans comme à 13, ces logiques produisent les mêmes effets.
Le droit européen existe. Il doit être appliqué.
Le Digital Services Act impose aux plateformes de protéger les mineurs par conception
Le Digital Services Act, notamment dans son article 28 et ses lignes directrices, impose aux plateformes de protéger les mineurs par la conception même de leurs services : paramètres par défaut protecteurs, limitation des recommandations, réduction des fonctionnalités à risque.
L’enjeu n’est pas d’empiler une interdiction de plus, mais de faire respecter ce cadre existant.
Eduquer et accompagner.
Enfin, aucune réponse ne sera durable sans une politique ambitieuse d’éducation et de prévention.
Comprendre les mécanismes des plateformes, apprendre à poser des limites, savoir demander de l’aide : c’est aussi une condition de la protection.
C’est le sens de l’action menée par l’Association e-Enfance / 3018 depuis plus de 20 ans.
________________________________________________________________________________________________
Protéger réellement les mineurs en ligne, ce n’est pas seulement fixer un âge.
C’est transformer les modèles économiques des plateformes, imposer des règles contraignantes et investir massivement dans la prévention.
L’interdiction seule ne suffit pas.
Le courage politique commence là où les plateformes doivent, enfin, rendre des comptes.
Nos articles sur le sujet
Les nouvelles lignes directrices du DSA pour protéger les enfants sur Internet
Rapport du Parlement européen : renforcer la protection des mineurs en ligne
Vérification de l’âge : Pourquoi Pornhub, YouPorn et Redtube deviennent inaccessibles en France ?
Revue de Presse – L’Australie interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans
