Une application populaire chez les adolescents malgré une interdiction aux moins de 18 ans
Créée en 2014 par la startup sud-coréenne Hyperconnect et rachetée depuis par Match.com (maison mère de Tinder et Grinder), Azar est une application de tchat vidéo aléatoire qui permet de discuter en visioconférence avec des inconnus du monde entier.
Présentée comme un outil favorisant les « connexions humaines authentiques », l’application, qui revendique moins de 5 millions d’utilisateurs en Europe, est officiellement interdite aux moins de 18 ans.
Pourtant, comme le révèle une enquête publiée par Le Monde, Azar est aujourd’hui largement connue et utilisée par des mineurs, qui y sont exposés à des contenus sexuels, des sollicitations inappropriées et des comportements violents.
Un danger invisible qui passe sous les radars
Interrogée par Le Monde, Véronique Béchu, directrice de l’Observatoire des violences numériques faites aux mineurs de l’Association
e-Enfance / 3018, tire la sonnette d’alarme :
« Lorsque l’on effectue des actions de sensibilisation au sein de collèges ou de lycées, on se rend compte que c’est une application bien connue des mineurs. Ce qui est dangereux, c’est qu’elle n’a aucune visibilité en dehors de ce champ d’utilisateurs. Il y a donc à ce jour encore très peu de prévention à l’utilisation de ce canal de communication, quasiment aucune alerte émise, car elle passe très largement sous les radars. »
Cette absence de visibilité auprès des parents et des professionnels rend Azar particulièrement préoccupante. Contrairement à d’autres plateformes plus médiatisées, elle échappe encore aux discours de prévention, alors même qu’elle expose les jeunes à des risques majeurs.
Les risques liés aux contenus et à la modération sur les applications
Des contenus sexuels omniprésents et une modération insuffisante sur Azar
Dans son enquête, Le Monde recueille le témoignage d’une lycéenne de 16 ans : « Azar c’est un peu comme TikTok, mais ce sont des caméras qui défilent. Tu tombes à chaque fois sur une personne différente avec qui discuter en direct. Et souvent, ça ne parle pas de bouquets de fleurs… On voit des gars qui se branlent. ».
Si Azar affirme disposer d’un système de modération par intelligence artificielle capable de détecter les comportements sexuels, la réalité observée est tout autre. Les journalistes ont eux-mêmes testé l’application et ont été rapidement confrontés à des scènes de masturbation en direct. Dans les faits, de nombreux utilisateurs parviennent à contourner ces dispositifs, en jouant avec les angles de caméra, les ombres, les sons ou le tchat écrit.
Plus inquiétant encore, une jeune utilisatrice raconte avoir été approchée par un individu lui proposant 300 euros en échange de photos nues, illustrant clairement le risque de prédation sexuelle sur la plateforme.
Une interdiction théorique… facilement contournable
Bien que l’application affiche un avertissement interdisant l’accès aux mineurs, il suffit de se déclarer majeur lors de l’inscription pour accéder aux discussions vidéo. Une faille largement identifiée par les adolescents eux-mêmes.
L’entreprise assure désormais travailler sur un renforcement de ses dispositifs, notamment via une vérification faciale en temps réel destinée à confirmer l’âge des utilisateurs, dont le déploiement est annoncé pour 2026 dans l’Union européenne. En attendant, les mineurs restent exposés.
Informer, prévenir et protéger : un enjeu urgent
Face à ce nouveau danger numérique qui échappe encore à la vigilance collective, la sensibilisation des parents, éducateurs et jeunes devient urgente. L’Observatoire de l’Association e-Enfance / 3018 poursuit son travail de terrain afin de mieux faire connaître ces plateformes, d’alerter sur leurs dangers et de rappeler les solutions d’aide existantes.
En cas de situation choquante ou de danger en ligne, les jeunes et leurs parents peuvent contacter le 3018, numéro national gratuit, confidentiel et disponible 7j/7.
Retrouvez l’article complet : Michaël Szadkowski et Morgane Tual – 17 janvier 2026 – Le Monde



