Snapchat dans le viseur de l’Europe : les mineurs sont-ils suffisamment protégés ?

Après TikTok, X et Méta, c’est désormais Snapchat qui fait l’objet d’une enquête de la Commission européenne. En cause : une protection jugée insuffisante des mineurs face à des contenus illicites, comme la vente de produits dangereux, l’exposition de mineurs à du recrutement pour des activités criminelles, du grooming ou encore des dispositifs de signalement jugés insuffisants

Un constat qui interroge lorsque l’on sait que l’application est très populaire chez les adolescents, Snapchat comptait près de 97 millions d’utilisateurs actifs mensuels en Europe fin 2025.

 

Des contenus et des pratiques illégales accessibles aux jeunes

Selon les premières observations, Snapchat pourrait faciliter l’exposition des mineurs à des contenus problématiques et/ou illégaux : vente de stupéfiants via des stories anonymes, accès à l’alcool ou aux cigarettes électroniques, ou encore tentatives de recrutement dans des activités illégales.

Ces pratiques posent encore une fois la question de la responsabilité des plateformes dans la protection des plus jeunes.

 

Le grooming : un danger bien réel

Au-delà de ces contenus, un autre risque inquiète particulièrement : celui du grooming.

Comme l’explique Justine Atlan, Directrice générale de l’Association e-Enfance / 3018 :

“Des majeurs qui vont essayer de rentrer en relation avec un mineur pour obtenir de lui une relation potentiellement sexuelle. Ou lui extorquer des contenus à caractère sexuel, des pratiques qui vont lui être demandées. Il peut y avoir de la pédocriminalité.”

Sur Snapchat, le premier contact n’est souvent qu’un point d’entrée : une fois la confiance installée, certains prédateurs cherchent à déplacer la conversation vers des applications de messageries privées comme WhatsApp ou Telegram, où les échanges sont plus difficiles à détecter et à modérer.

 

Une vérification d’âge insuffisante

Officiellement, Snapchat est interdit aux moins de 13 ans comme tous les réseaux sociaux. Mais dans les faits, l’inscription repose uniquement sur une simple déclaration de date de naissance. Résultat : de nombreux enfants y accèdent facilement.

En France, selon l’Arcom, près de 46 % des moins de 13 ans utilisent Snapchat au moins une fois par mois.

 

Une responsabilité renforcée attendue

Cette enquête illustre pleinement la mise en œuvre du Digital Services Act, qui renforce les obligations des très grandes plateformes en matière de prévention et de réduction des risques systémiques, notamment pour les mineurs.

L’Association e-Enfance / 3018 salue une étape importante vers une meilleure effectivité de la régulation européenne.

La protection des mineurs en ligne repose sur trois piliers essentiels : la responsabilité des plateformes, l’application concrète du droit européen et une coopération renforcée entre acteurs publics, associatifs et numériques.

L’intérêt supérieur de l’enfant doit désormais s’imposer comme un principe structurant, aussi bien dans les politiques publiques que dans la conception des services numériques.

 

🔎 À lire aussi : deux ans après son entrée en vigueur, où en est le DSA dans la protection des mineurs en ligne ? 

Ensemble, luttons contre le harcèlement et les violences numériques !