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Retour sur 2021, une année clé pour les usages numériques… et l’Association

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Un monde numérique responsable pour tous

La présidente de l’Association Béatrice Copper-Royer et sa directrice générale, Justine Atlan, portent leurs regards sur une année clé en matière d’usages numériques et la nécessité de mettre en place des accompagnements pour les plus jeunes, les ados et leurs parents. Dans la perspective d’un monde numérique responsable pour tous.

En quoi 2021 a-t-elle été une année clé pour l’Association ?

J. A. : 2021, c’est avant tout l’année qui a suivi les bouleversements induits par la pandémie, révélant un réel besoin d’assistance accru sur les sujets du numérique pour les enfants, les parents et les professionnels. La transformation en 2021 de notre ligne d’écoute en numéro court national 3018, porté par le Gouvernement, nous positionne comme le point d’entrée unique en France pour couvrir tous les aspects de la protection des mineurs face aux risques du numérique. 2021, c’est aussi la reconnaissance de notre mobilisation sans faille en 2020 et de notre expertise, agrégée depuis 17 années. Une expertise qui va d’ailleurs bien au-delà du cyberharcèlement: la surexposition aux
écrans, l’exposition aux images violentes et pornographiques, les arnaques en ligne, les fausses informations, les jeux vidéo, l’influence des réseaux sociaux sur la santé mentale…

B. C-R. : La pandémie et les confinements successifs ont considérablement augmenté le temps d’écran des enfants et des adolescents. Dans ces moments où enfants comme adultes étaient fragilisés, cela a pu engendrer des effets très pervers et au sortir du confinement, certains avaient beaucoup de mal à lâcher leurs écrans. Les enfants sont de plus en plus jeunes quand ils ont leur premier smartphone, ce qui leur donne un accès libre et facile à Internet. En même
temps, ils restent des enfants et manquent de discernement… Ils sont dans l’excitation et la curiosité, y
compris sexuelle, ce qui est tout à fait normal. Via le Net, ils peuvent visionner des vidéos violentes ou pornographiques le plus facilement du monde. Cet accès à la sexualité via la pornographie leur donne une image triste et qui n’est pas en adéquation avec ce qu’ils vont vivre. Il y a également un lien entre pornographie et harcèlement, car la pornographie banalise la nudité : les jeunes s’envoient des «nudes» qu’ils utilisent à tort, alors que cela ne devrait pas sortir de la sphère privée.

2021 a aussi révélé une prise de conscience des pouvoirs publics sur la nécessité de mettre en place des dispositifs de protection judiciaire pour accompagner les usages numériques des jeunes?

J. A. : L’accumulation de drames liés au cyberharcèlement et de haine en ligne ces dernières années a fait bouger les lignes, avec notamment la création d’un parquet numérique pour lutter contre la haine en ligne. Aujourd’hui, ces violences ne sont plus tolérées. Les victimes peuvent porter plainte, et c’est ce qu’a fait la jeune Mila –que nous avions prise en charge– suite au déferlement de messages haineux et de menaces de mort. À l’issue d’un procès qui avait valeur d’exemple, la justice a prononcé des peines de quatre à six mois de prison avec sursis.

B. C-R. : Les choses vont dans le bon sens. Tous les acteurs œuvrant pour la protection de la jeunesse se mobilisent car ils ont bien conscience des répercussions psychologiques et comportementales sociales importantes du numérique. L’ARCOM (né de la fusion entre le CSA et Hadopi) est le nouveau «gendarme» de l’audiovisuel et du numérique, doté d’un pouvoir de sanction et de mise en demeure des plateformes illégales. Il est ainsi désormais possible de porter plainte contre les producteurs de sites pornographiques.

J. A. : C’est d’ailleurs ce qu’a fait l’Association pour la première fois en 2021; nous avons intenté une action en justice avec La Voix De L’Enfant pour demander à la justice d’enjoindre les fournisseurs d’accès à Internet de bloquer les sites pornographiques qui n’appliquent pas la loi de juillet 2020.

Et les parents dans tout cela : quel rôle doivent-ils jouer ?

B. C-R. : Un rôle clé ! Les parents ne peuvent plus être naïfs: Internet, c’est le meilleur et le pire. Certains parents sont dans le déni alors que les dangers que représente le numérique pour les enfants sont aujourd’hui bien connus. Prenez la surexposition aux écrans, par exemple. C’est un réel danger pour les jeunes, qui entraîne fatigue, problèmes de concentration et risques d’échec scolaire.

J. A. : Aujourd’hui, nos enfants et ados ont plusieurs vies : familiale, scolaire, extrascolaire et aussi numérique. C’est une réalité. Et nous devons accompagner, éduquer et protéger nos enfants dans cet espace numérique. C’est le rôle des adultes, parents, éducateurs, pouvoirs publics et associations comme l’Association e-Enfance.

B. C-R. : C’est entre 10 et 15 ans que les enfants sont les plus vulnérables. Les filles de cette tranche d’âge sont très friandes des réseaux sociaux. Or un usage excessif et précoce des réseaux sociaux crée des comportements d’imitation de grands chez des enfants qui n’ont pas encore la maturité nécessaire.

L’Association a parcouru beaucoup de chemin depuis sa création. Restez-vous optimiste ?

J. A. : Tout à fait, même si nous aurions pu aller plus vite, notamment sur l’exposition des jeunes à la pornographie. Les dernières années marquent la fin d’une ère de laxisme par rapport aux dérives du numérique en France et en Europe. Aujourd’hui les acteurs politiques ont pris leur responsabilité pour encadrer les acteurs du numérique.
Et avec le dispositif 3018, l’Association a été dotée de moyens renforcés pour assurer une prise en charge globale et complète des victimes de violences numériques.

B. C-R. : Il n’y a pas de fatalité : le web doit rester le meilleur ! Nous devons rester vigilants et contrôler le
pire. Il n’y a pas de raison de ne pas y arriver.

Pour en savoir plus sur l’Association, lire le rapport annuel

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