Mouvance extrémiste, sextorsion, Discord : ce que les signalements du 3018 révèlent des violences sur mineurs

Les signalements reçus par le 3018 font apparaître de nouvelles formes de violences numériques visant les mineurs. L’Association e-Enfance / 3018 alertait déjà mi-septembre sur une forte hausse des signalements et des situations relevant d’exploitation sexuelle de mineurs, d’extorsion sexuelle, de grooming, de doxxing ou encore de menaces de mort. Derrière ces signalements, l’Observatoire de l’Association a identifié des modes opératoires associés à la mouvance cybercriminelle extrémiste « The Com ». Ces pratiques reposent sur des mécanismes d’emprise, de chantage et de manipulation qui ciblent principalement des jeunes filles mineures.

Des signalements individuels à l’identification d’un phénomène

Entre janvier et juin 2026, le 3018 a enregistré 138 signalements liés à Discord, soit plus de trois fois le nombre enregistré sur l’ensemble de l’année 2025. Au-delà de cette hausse, c’est la gravité des faits rapportés qui doit nous alerter. Les témoignages, recueillis par le 3018 et analysés par l’Observatoire, révèlent des modes opératoires structurés. L’auteur se présente comme un mineur, noue progressivement une relation de confiance avec sa victime, partage ses centres d’intérêt sur des forums de discussion, voire entretient une relation sentimentale, avant de demander des contenus à caractère sexuel. Une fois les contenus obtenus, ceux-ci sont utilisés par l’auteur ou par des groupes comme un moyen de pression : menace de diffusion des images, divulgation d’informations personnelles, doxxing ou sextorsion. La victime se retrouve alors progressivement enfermée dans une relation de chantage, d’isolement et d’emprise.

L’extorsion sexuelle comme outil d’emprise

Dans certains cas signalés au 3018, le chantage ne s’arrête pas à la menace de diffusion des images. Les demandes deviennent plus violentes et obligent les mineurs à produire des contenus sexuels humiliants, voire à s’infliger eux-mêmes des violences physiques ou sexuelles. Véronique Béchu, Directrice de l’Observatoire de l’Association, alerte pour le média ICI sur l’évolution des faits vers des « violences extrêmes de type automutilation […] des contenus à caractère sexuel mettant en scène des enfants ». L’Observatoire a identifié, parmi les signalements reçus, un certain nombre de situations présentant des modes opératoires rattachables à la mouvance « The Com ».

Une mouvance masculiniste qui cible les mineures

Auditionnée au Sénat en mai 2026, Véronique Bechu décrit « The Com » comme « un réseau structuré diffusant des contenus d’une violence extrême, principalement via des plateformes comme Discord ou des messageries mobiles chiffrées ». Cette mouvance cybercriminelle internationale s’organise autour de communautés en ligne qui « fonctionne selon une logique d’emprise proche des dérives sectaires », selon Véronique Béchu. Discord fait partie des plateformes investies par les auteurs pour entrer en contact avec les victimes et exercer leur emprise. En 2025, l’Association avait traité huit signalements relatifs à « The Com » et à l’extorsion sexuelle à but d’humiliation, au premier trimestre 2026, elle en comptabilisait déjà douze.

Un procès inédit en France

Une actualité qui prend une dimension judiciaire avec l’ouverture, le 5 octobre 2026, du procès à huis clos de Rohan Rane devant la cour d’Assises de Paris. Présenté comme l’un des chefs présumés de la mouvance « The Com », il est accusé de faits de torture et d’actes de barbarie sur mineures. L’Association s’est constituée partie civile dans ce procès, qui constitue le premier dossier jugé en France rattaché à cette mouvance. Une démarche qui s’inscrit dans la continuité de la mission de l’Association visant à accompagner les victimes, documenter les nouvelles formes de violences numériques et alerter lorsque les signalements reçus révèlent des phénomènes qui dépassent les expériences individuelles. Pour l’Association, ce procès marque une nouvelle étape dans la prise en compte judiciaire de ces violences, tandis que les remontées du 3018 permettent de documenter ces mécanismes et l’augmentation exponentielle des signalements.

Face à une situation de sextorsion, de chantage ou de violence en ligne, il est important de ne pas rester seul et de conserver les preuves : captures d’écran, messages, identifiants des comptes ou liens vers les contenus peuvent être utiles pour effectuer un signalement.

Le 3018 accompagne les jeunes victimes, témoins ou auteurs de harcèlement ou de violences numériques, ainsi que leurs familles et les professionnels. Gratuit, anonyme et confidentiel, il est accessible 7 jours sur 7, de 9h à 23h.

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Retrouvez nos interventions dans les médias :

Violences sur mineurs : l’association e-Enfance alerte sur une « explosion » des cas sur Discord et saisit la justice Le Monde | 14 septembre 2026

ENQUETE. « Il avait le numéro de mes parents » : sur Discord, des adolescents sous emprise forcés à se dénuder ou s’automutiler  Franceinfo | 30 septembre 2026

L’association e-Enfance alerte sur l’explosion des violences faites aux mineurs sur le réseau social Discord Ouest France | France 30 septembre 2026

« Maintenant, tu es à moi » : sur la plateforme Discord, des mineurs sous emprise forcés à se dénuder ou à s’automutiler ICI | 30 septembre 2026

« Il forçait des jeunes filles à des actes d’automutilation sexuelles sur Discord » : ce qu’il faut savoir avant le procès du masculiniste Rohan Rane ce lundi  L’Humanité | 3 octobre 2026

Procès Rohan Rane : masculiniste et néonazi, il forçait en ligne des adolescentes à des tortures sexuelles Mediapart | 4 octobre 2026

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